Le château-fort de Lourdes

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Le Château-fort de Lourdes



chateau_fort_lourdesHistorique : Le piton calcaire de 80 m de haut, verrou glaciaire bordé par le gave, fut de tous temps un point stratégique pour les hommes. Verrouillant la vallée d’Argelès et la route venant d’Espagne, il semble déjà fortifié du temps des Romains. Ce probable oppidum fut aussi un lieu de culte (adoration du dieu Mithra).

Après l’époque gallo-romaine, nous savons peu de choses, hormis le récit de légende sur le siège de Charlemagne contre le Sarrasin Mirat en 778. La première mention sérieuse remonte à 1085, avec un texte nous relatant que le château fort était la résidence des comtes de Bigorre (XIe et XIIe siècles). Une lettre d’affranchissement de 1163, accordée à la ville, nous confirme la présence du comte Centulle III dans les murs de la citadelle. Le château est complété par une enceinte armée de neuf tours. Le fort subit de nombreux sièges sans succès, celui de Simon de Montfort en 1216, contre les comtes protégeant des Cathares, et celui dit de Du Guesclin, en 1373, contre le parti anglais. En effet, en 1360, le traité de Brétigny avait livré la forteresse comme toute la Bigorre au prince Noir, fils aîné du roi d’Angleterre. Ce dernier en confie la gestion à Pierre-Arnault, cousin de Gaston Fébus. Il est accompagné de six capitaines. Cependant, deux barons rallient le parti français et s’emparent de Tarbes. Pierre-Arnault, ses capitaines et leurs mercenaires, qui seront appelés Compagnons de Lourdes, dévastent et rançonnent la région, « aussi bien les marchands du royaume d’Aragon et de Catalogne que les marchands français, s’ils n’avaient fait aucun pacte avec eux ». Le pillage dure 46 ans « avec si grande foison de bêtes et de prisonniers qu’ils ne savent où les loger ».3-8_Vue_sur_le_fort_prise_du_Garnavie

Le roi de France ne peut laisser faire sans réagir. Le duc d’Anjou, son frère, assiège en vain la forteresse en1373. Elle est imprenable, il brûle alors totalement la ville, protégée par de simples palissades de bois. Il est à la tête de 15 000 hommes dont une grande partie vient des montagnes du Lavedan. Les habitants sont saufs, ils se sont tous réfugiés dans l’enceinte du fort. Fébus essaye de récupérer le château auprès de son cousin. Celui-ci refuse de céder le bien confié par le prince Noir et le roi d’Angleterre, Fébus le tue dans un accès de colère.

Le château est alors gardé par Jean de Béarn, frère de Pierre-Arnault. Il est nommé sénéchal de Bigorre par le roi d’Angleterre, en remerciement de sa loyauté (et de celle de son frère défunt). Il faut attendre 1407, pour que le comte de Clermont, aux ordres du roi de France, aidé des Barègeois, reprenne le fort après un siège de 18 mois ! Le donjon actuel date de cette époque. Les sénéchaux de Bigorre Arnaud I et Arnaud II, vassaux du roi de France, l’occupent successivement.

 

Accs_au_chteauPuis en 1569, lors des guerres de religion, les Huguenots de Jeanne d’Albret, reine de Béarn-Navarre et comtesse de Bigorre, en font leur place forte après sa prise par Bernard de Montaut, marquis de Bénac et futur sénéchal de Bigorre.


Peu après, le fort est repris par les catholiques commandés par le capitaine Bonasse, envoyé par le roi de France, Charles IX. En 1573, après la mort de Jeanne d’Albret, les huguenots de Bernard d’Arros, adjoint de Mongomery, essayent désespérément de reprendre le fort ; n’y parvenant pas, ils brûlent et pillent la ville ainsi que toutes ses archives. Les arrières de ses troupes sont cependant défaites au Pont neuf lors de leur retraite vers le Béarn. Après l’accession au trône de France, en 1594, du roi de Navarre, les guerres de religion cessent. Les Albret en profitent pour embellir et moderniser leur forteresse. C’est à cette époque (1593-1630) que sont supprimées les trois tours médiévales (dont une circulaire), trop vulnérables aux assauts de la nouvelle artillerie.


Puis, faute de conflits majeurs, l’édifice sert surtout de prison, telle une « Bastille pyrénéenne », pour les victimes des lettres de cachet. Cette affectation n’empêche pas cependant Vauban lui-même de venir à la citadelle en 1689, et de rédiger un important mémoire sur la consolidation et le remodelage des remparts. C’est à cette date qu’est construit le corps de logis des officiers (salle du Pyrénéisme) et reconstruite la chapelle. Y séjournent, le duc de Mazarin, le philosophe Maine de Biran, Bourbaki. Napoléon n’hésite pas à y enfermer l’ambassadeur d’Angleterre en Grèce, en cure à Barèges, Thomas Elgin, connu pour avoir dépouillé le Parthénon de ses frises au bénéfice du British Museum.


Ci-contre au pied du donjon, une statue représentant le pyrénéiste H. Russel. Donjon_du_chteau_fort


Bien que réarmé en 1870, après de nombreuses modifications du Génie militaire de Bayonne (1828-1856) et la défaite de Sedan, le château est rapidement déclassé et vendu à la ville en 1894. Il sert à l’internement des prisonniers allemands de 1917 (comme ceux de 1870).

En 1921, le Touring-Club de France, grâce à l’ardente volonté des époux Le Bondidier, le transforme en Musée pyrénéen. Celui-ci devient rapidement le quatrième musée de France après le Louvre, Versailles et Fontainebleau. Depuis 20 ans, malgré son classement en Monument historique en 1995 et la volonté affichée de rénovation, il périclite pour ne devenir que l’ombre de ce qu’il était. Il reçoit moins de 100 000 visiteurs par an contre plus de 200 000 jusqu’en 1980. La ville, qui a repris la gestion du musée depuis la liquidation nationale du T.C.F., n’a pas su ou pu redresser la barre. Elle a envisagé, à plusieurs reprises, de se débarrasser de ce magnifique site touristique, faute de politique culturelle ambitieuse (électoralement, il est plus intéressant de financer les clubs sportifs). Le musée fait partie des musées de France depuis 2002.

(1) son frère, Jean de Béarn, Pierre d’Antin de Bigorre (frère du seigneur d’Antin), Ernauton de Sainte-Colombe, Ernauton de Rostem, le Mongat de Sainte-Bazaille et le batard de Carnillac.

 


 

2-31_Retable_de_lancienne_glise_paroissiale_au_chteauLa visite : On commence par une cuisine béarnaise et une chambre bigourdane. On passe devant la citerne de forme elliptique de 8X4 m ; puis curieusement on se trouve devant une exposition temporaire pour revenir à des salles d’ethnographie avec mobilier régional, ustensiles, vaisselle du XVIIIe siècle (faïence de Samadet), vêtements et jeux, dont le jeu de quilles, ancêtre du bowling. On continue par la salle « histoire du château » pour terminer par la salle sur le Pyrénéisme avec l’évocation des grands guides de montagne.Sarcophage_et_stle_basque
N’oubliez pas un petit tour au donjon (quelques marches). À l’origine, on accédait au donjon par une échelle mobile et non par la porte actuelle. Ce rez-de-chaussée servait de cellier et de cave et ne communiquait nullement avec l’extérieur par une porte. Le toit, de même, est d’origine récente (1805). Le sommet était jadis garni de créneaux et de mâchicoulis. Une logette reposant sur des corbeaux encore visibles (sur le côté Nord-Est) permettait la présence permanente d’un guetteur.

Visitez l’esplanade avec les belles maquettes de pierre représentant différents types de maisons et d’églises fortifiées des environs. Celles-ci ont été réalisées, au milieu d’un jardin de plantes pyrénéennes, avec talent, par les premiers conservateurs, Louis et Margalide Le Bondidier. Les salles de paléontologie et de zoologie avec de nombreux animaux et oiseaux naturalisés ont été supprimées, de même qu’une collection de poupées représentant les différentes congrégations religieuses.

2-32Tte_romaine_funraireLes pièces exposées sont présentées d’une façon un peu vieillotte, sans aucune explication, et en français seulement. 2-34_Tour_porte_avec_sa_herse__au_chteau_fortSeules, les dernières salles ont été un peu modernisées avec des traductions en langues étrangères. Le tout mériterait plus d’entretien et d’animations pédagogiques. En sortant vers le cimetière basque (pierres tombales discoïdales), admirez la herse qui a conservé son treuil de bois et sa chaîne d’origine. N’oubliez pas un petit détour à la chapelle (sur l’esplanade). Elle renferme un beau mobilier baroque dû à l’ébéniste lourdais Jean Dauphole. Ses retables, statues et autels proviennent de l’ancienne église paroissiale démolie en 1904. Petite boutique. L’été, sont organisées à heure fixe, trois visites commentées par jour ; en basse saison, sur réservation. Des expositions temporaires viennent régulièrement illustrer la richesse du patrimoine culturel local.

 

 

 

Jean Omnès