Les Espélugues

Dossiers - Grottes

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Les Espélugues



Le gros morceau. Grottes d’une importance capitale dans l’histoire de l’archéologie et de la paléontologie, elles ont été pour le grand public des siècles précédents, une curiosité spéléologique.
3_51_Cheval_des_Esplugues_sculpture_sur_ivoire_de_mamouthDans une lettre de 1825, à sa mère, Georges Sand raconte ses péripéties lors de ses visites des « Espeluches », entendez Espélugues (et des grottes du Loup).
"En sortant de la grotte du Loup, nous entrâmes dans las Espeluches. Notre savant cousin, M. Defos, vous dira que ce nom patois vient du latin.
Nous trouvâmes l'entrée de ces grottes admirables; j'étais seule en avant, je fus ravie de me trouver dans une salle magnifique soutenue par d'énormes masses de rochers, qu'on aurait pris pour des piliers d'architecture gothique, le plus beau pays du monde, le torrent d'un bleu d'azur, les prairies d'un vert éclatant, un premier cercle de montagnes couvertes de bois épais, et un second, à l'horizon, d'un bleu tendre qui se confondait avec le ciel, toute cette belle nature éclairée par le soleil couchant, vue du haut d'une montagne, au travers de ces noires arcades de rochers, derrière moi la sombre ouverture des grottes : j'étais transportée. Je parcourus ainsi deux ou trois de ces péristyles, communiquant les uns aux autres par des portiques cent fois plus imposants et plus majestueux que tout ce que feront les efforts des hommes.
Nos compagnons arrivèrent et nous nous enfonçâmes encore dans les détours d'un labyrinthe étroit et humide, nous aperçûmes au-dessus de nos têtes une salle magnifique, où notre guide ne se souciait guère de nous conduire. Nous le forçâmes de nous mener à ce second étage. Ces messieurs se déchaussèrent et grimpèrent assez adroitement", pour moi, j'entrepris l'escalade. Je passai sans frayeur sur le taillant d'un marbre glissant, au-dessous duquel était une profonde excavation. Mais quand il fallut enjamber sur un trou que l'obscurité rendait très effrayant, n'ayant aucun appui ni pour mes pieds ni pour mes mains, glissant de tous côtés, je sentis mon courage chanceler. Je riais, mais j'avoue que j'avais peur. Mon mari m'attacha deux ou trois foulards autour 'du corps et me soutint ainsi pendant que les autres me tiraient par les mains. Je ne sais ce que devin¬rent mes jambes pendant ce temps-là. Quand je fus en haut, je m'assurai que mes mains (dont je souffre encore) n'étaient pas restées dans les leurs, et je fus payée de mes efforts par l'admiration que j'éprouvai.
La descente ne fut pas moins périlleuse, et le guide nous dit, en sortant, qu'il avait depuis bien des années conduit des étrangers aux Espeluches, mais qu'aucune femme n'avait gravi le second étage.
"

Espelugues et non Espéluches. Son nom vient du latin spelunca (grottes) que les locaux de langue gasconne prononçaient Espelunca.

 

 


Transformation des Espélugues en temple chrétien  :  Lorsque jadis, je visitais ces grottes avec mon père à la recherche de quelques ossements gravés à la lueur de simples bougies, je ne pouvais m’imaginer que nous étions dans l’un des plus anciens temples de la paléontologie. Il faut dire que les centaines de chauves- souris m’attiraient plus que les bouts d’os que l’on découvrait avec un grattoir de jardin.

C’est bien plus tard, grâce aux activités d’archéologue de mon frère, que je pris conscience de l’importance scientifique du gisement lourdais. Il faut dire que tout avait été fait par les Sanctuaires pour que l’on oublie cette présence humaine, d’il y a plus de 14 000 ans, d’avant le déluge. Ils n’hésitèrent pas, avec un certain Eugène Dufourcet (1) de faire vidanger en 1875, totalement ces grottes de leurs contenus. Un nombre considérable de wagonnets à phosphate fut utilisé et le mélange de la terre de nos ancêtres, mélangée à des ossement de toutes sortes, homme et animaux, servirent de remblai pour obtenir un accès plus facile aux grottes par les pèlerins. Elles devaient devenir un lieu de culte catholique par l’installation d’une chapelle Marie Madeleine, avec un autel, fermée par des grilles.

(1) Juge au tribunal de Lourdes, archéologue amateur.

 

 

 


 

2-29_Grottes_des_Esplugues_planche_de_NelliHistorique des fouilles : Peu de Lourdais savent que les grottes des Espélugues christianisées par les Sanctuaires ont été parmi les premières grottes à avoir été fouillées par les archéologues. Et ce, dès les années 1860. Certaines découvertes qui y ont été faites continuent d’intriguer, plus d’un siècle plus tard, la communauté scientifique.
En 1860, les fouilles dans les bancs du diluvium intérieur d’Abbeville ont permis, grâce à la découverte de ses silex taillés par la main de l’homme, de conclure à l’existence sur terre de l’homme antédiluvien. Cette existence a été confirmée à Lourdes par Alphons Milne-Edwards la même année. Il deviendra plus tard directeur du Muséum d’Histoire naturelle.
Ces grottes étaient idéalement placées à mi-hauteur du flanc d’une montagne, offrant ainsi une protection contre les animaux sauvages. Tout était à portée de main pour assurer les besoins nécessaires à la vie : eau, gibier et poisson. Edouard Lartet aida Milne- Edouard dans ses recherches. Et les premiers coups de pioches mirent au jour nombre de fragments d’os et de mâchoires, se rapportant principalement au cheval, à l’auroch et au renne. Puis furent découverts des outils, surtout de grosses aiguilles, un foyer et quelques ossements humains. Les fouilles se poursuivirent des années durant, avec en 1873 l’arrivée d’Emilien et Charles-Louis Frossard et d’Eugène Dufourcet.
Eugène Dufourcet, juge au tribunal de Lourdes et archéologue amateur, fut chargé par les pères missionnaires qui venaient d’acheter la colline, de vidanger les grottes. Ils désiraient y installer un chemin de croix et une chapelle dans l’une des cavités. E. Dufourcet eut quelques années pour continuer ses fouilles. Il découvrit une sépulture de l’époque du renne, un foyer avec de nombreux débris et outils, un bâton de commandement, des pointes de flèches en bois de renne, des fragments de poterie, ainsi que des traces de foyers et un nombre considérable d’ossements et de dents.
Mais ces fouilles réalisées par un amateur, entraînèrent de nombreuses protestations au sein du monde scientifique. Menées sans aucune stratigraphie sérieuse, elles mélangèrent des couches de différentes époques, les découvertes protohistoriques se mêlant à celles du magdalénien.
Les grottes furent promptement vidangées avec l’aide des ouvriers des Sanctuaires, avec des wagonnets de chemin de fer. Ils jetèrent pèle mêle une imposante décharge représentant la faune complète de l’époque quaternaire. Le talus formé devait permettre un meilleur accès aux grottes et à son nouveau Sanctuaire appelé Marie-Madeleine, ainsi qu’au sommet du calvaire. C’est dans cet amas de terre et d’os que furent trouvées plus tard, en 1886, les plus belles pièces mondialement connues.
Pour la petite histoire locale, E. Dufourcet, dans son contrat avec les pères missionnaires, devait leur remettre la moitié de ses trouvailles.
Ci -dessous dessin peu connu des Espélugues par Viollet le Duc.

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Sources : Les archives secrètes de Lourdes, jean Omnès, Privé 2008.

Jean Omnès