L'église de Saint-Savin (Histoire et Légendes) & la Chapelle N-D de Piétat

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L'église de Saint-Savin (Histoire et Légendes)

& la Chapelle N-D de Piétat




Légende :
L’origine de l’abbaye est incertaine. La tradition veut qu’une première abbaye de bénédictins placée sous la protection de saint-Martin, pourfendeur itinérant du paganisme, ait été construite sur le site actuel pour recevoir le corps de saint Savin. Elle aurait été détruite par les Maures vers 732, puis, reconstruite par Charlemagne. Roland y serait venu faire bénir son épée. Au Xe siècle, Raymond Ier de Bigorre aurait cédé aux bénédictins des droits féodaux sur la vallée, à charge pour eux d’ouvrir des bains et de construire une église à Cauterets. L’origine de cette charte qui serait datée de 945 est contestée par de nombreux historiens. Certains ouvrages évoquent une incursion normande (Vikings) vers avec pillage et destruction du monastère. Les Vikings étaient « basés » à Bayonne entre 840 et 980 et avaient saccagé Beneharnum (Lescar) vers 850 puis Iluro (Oloron) et bien d’autres villes de la région. Peu de textes affirment cette incursion dans la vallée d’Argelès. Ces Vikings auraient été chassés par le comte Donat.

 

Lire : Essais historiques sur la Bigorre de Davezac-Macaya, 1823.

 

Histoire :
chrisme_de_Saint-_SavinCe qui est sûr, c’est que le monastère a été construit par de moines bénédictins vers le IXe siècle sur l’emplacement d’un palais romain (Palatium Aemilianum), succédant lui-même à une exploitation agricole du nom de Bencus ou villa Bencer (nom du village établi autour du monastère). Le site avait pour nom Saint-Martin de Bencer. Vers 1307, Savin remplaça Martin. Le comte Centulle Ier affilia ce monastère à l’abbaye de Saint-Victor à Marseille, en 1080, en remerciement de son intervention auprès du pape pour l’annulation de son mariage. Les dons affluèrent et permirent de construire vers 1100 l’église actuelle qui reçu alors les reliques de saint Savin. Mais vers le XIIIe siècle, les lieux devinrent rapidement un centre de débauche peu compatible avec les règles de la congrégation des bénédictins. En 1246, bon ordre y fut mis par Bernard Mayrozio. La puissance des moines était sans limites. De cette capitale monastique, ils géraient une vaste étendue de terres qui allait jusqu’à Cauterets.
Les guerres de religions du XVIe siècle furent fatales au monastère. En 1609, les bâtiments en délabrement n’hébergeaient qu’une douzaine de moines. En 1790, l’église devint paroissiale et le monastère fut vendu comme bien national. Une commission syndicale, créée en 1840, a pris la relève dans la gestion des biens monastiques : forêts, estives et thermes.
La croix de pierre de la place est de 1783. Le village, qui a su garder le cachet de jadis, a servi de décor au tournage du film Bernadette de Jean Delannoy. Et de toile de fonds au roman de Paulo Coelho : Sur le bord de la rivière Piedra, je me suis assise et j ‘ai pleuré.

 

L’église abbatiale :
En forme de croix latine, elle a été érigée au XIIe siècle. Elle possède un beau portail roman avec en tympan, un christ en majesté, encadré par les évangélistes. Les chapiteaux sont assez usés et archaïques. Au XIVe siècle, les défenseurs, semble-t-il, étaient protégés par le clocher octogonal, surmonté d’une flèche d’ardoise en éteignoir, et par le chemin de ronde crénelé.
L’intérieur, très beau buffet d’orgues du XVIe siècle (1557), restauré en 1996, orné de masques dont la bouche et les yeux s’ouvrent lorsque l’on joue. Ils sont utilisés lors du Festival de musique sacrée de Lourdes à Pâques, et un dimanche par mois, lors de la messe. Le grand crucifix en bois sculpté du XIIIe--XIVe siècle est d’origine espagnole. Le sarcophage de saint Savin en marbre noir date de 1036 et sert de maître-autel ; derrière, une tour eucharistique du XIVe siècle... Sur les côtés du chœur en cul-de-four, deux panneaux de bois peints du XVe narrant la vie de saint Savin. Stalles en noyer du XVe siècle. Dans la chapelle de gauche ou chapelle de la Vierge, ancien maître-autel, en mosaïque de marbre du XVIIIe siècle. Dans la chapelle de droite, un très ancien autel de pierre du IXe siècle et un bénitier des Cagots du XIe siècle en pierre monolithe, orné de deux personnages frustes sculptés dos-à-dos.

 

Le Trésor : tel : 05-62-97-02-23.
Ouvert en juillet et en août, tous les jours, sauf le dimanche matin, de 10 h à 12 h et de 14 h 30 à 18 h 30. En basse saison, de septembre à juin, de 14 h 30 à 18 h 30. Participation : 2 € ; gratuit pour les enfants de moins de 16 ans. Visite guidée sur demande. On peut y admirer une statue de la Vierge Noire des Croisades et une Vierge au long pouce du XIIe siècle, une belle armoire aux reliques du XVIIe siècle, la châsse de saint Savin du XVe siècle sous forme d’un petit château en cuivre argenté, des vêtements liturgiques et des bustes reliquaires ainsi que des chapiteaux du cloître disparu. La vierge noire aurait été rapportée de Palestine par Centulle II, comte de Bigorre, lors de la première croisade avec Godeffroy de Bouillon et Gaston IV de Béarn. Le long pouce de la seconde statue serait le symbole de la puissance de la miséricorde de la Vierge. Vente d’une monographie intéressante sur la chapelle N-D de Piétat.

 

L’abbaye :
Vendue pendant la Révolution, puis gravement dévastée, elle fut sauvée en 1838 de la démolition totale par Prosper Mérimée, alors inspecteur des Monuments historiques sous le Second Empire. Il classa le bâtiment, du moins ce qu’il en restait aux Monuments historiques en 1840. Sous l’Empire, l’abbaye servit un certain temps d’hôpital aux soldats venus se soigner aux eaux d’arquebusades de Barèges. Mais elle fut très endommagée à nouveau, à la suite d’un tremblement de terre en 1854. Il subsiste cependant la salle capitulaire aux baies romanes et aux voûtes gothiques primitives, entièrement restaurées depuis peu. Tel 05 62 97 02 23

N-D_de_PitatLa chapelle N.-D. de Piétat :
Elle est située sur une butte, au milieu d’une châtaigneraie, à 800 m du village. On la voit de loin. Dans un avenir proche, il est prévu d’organiser des visites de Pâques à fin octobre tous les dimanches et les jours fériés de 15 h à 18 h b ; en juillet et août, tous les jours, sauf le samedi, aux mêmes horaires. L’édifice roman primitif aurait été agrandi aux XIIIe et XIVe siècles et remanié au XVIIIe siècle. Les portes latérales ont été remplacées par la porte centrale située à l’ouest et visible actuellement. La partie la plus ancienne correspond à la chapelle latérale gauche. Vue superbe à plus de 240 degrés sur les Pyrénées. À l’intérieur, vierge, d’art populaire du XVe siècle (N-D de l’Espérance). Celle-ci a été déplacée momentanément au Trésor de Saint-Savin, suite à une tentative de cambriolage en octobre 2002. Avec sa chevelure en forme de bonnet et sa main sur son ventre, elle fait plus penser à un Nat birman qu’à une Vierge chrétienne. Tribune et belle voûte en plein cintre, peinte d’oiseaux (XVIIIe siècle). Fermée aux visiteurs, sauf sur rendez-vous pour les groupes. 05-62-97-02-23. Jadis, avait lieu chaque année en septembre, un pèlerinage dédié à la Vierge. Les fidèles venaient en procession de tous les villages voisins. C’était le jour où l’on sortait la Vierge au long pouce de Saint-Savin.

 


Légende sur la chapelle de Piétat :
Cette chapelle a pour origine une légende qui remonte au XIe siècle : la veuve d’un preux chevalier mort en Terre Sainte voulut marier sa fille à un beau jeune homme revenu des croisades. La veille du mariage, elle apprit l’origine de son futur gendre : il était le fils illégitime de son défunt mari et d’une levantine chrétienne rencontrée à Jérusalem. La jeune promise se suicida et le beau jeune homme se repentit en faisant construire cette chapelle où il se retira du monde. Depuis le XVe siècle, le lieu est voué à Notre-Dame-de l’Espérance. Cette vierge était implorée par les couples désireux d’avoir un enfant et ayant quelques difficultés à en avoir un.

Légende-sortilège à Saint-Savin :
Le sel des sources d’Accous en Béarn voisin était bien connu des puissants moines de l’abbaye de Saint-Savin. Ils envoyaient régulièrement, selon la tradition, leurs paysans chercher le précieux condiment. En contrepartie, ils devaient un paiement annuel appelé tribut des médailles (?). Or, le règlement de celui-ci tardait. Les représailles, elles, ne tardèrent pas. Descendant en nombre sur Saint-Savin, les paysans guerriers accoulois, décidés à être rétribués en nature, furent arrêtés par les hommes du père abbé qui les massacrèrent. Mais bien sûr, ils avaient été auparavant envoûtés par ledit père abbé, qui leur avait jeté un sort en les paralysant. Les formules utilisées seraient issues d’un ouvrage satanique. L’affaire fit grand bruit dans le monde chrétien. Le pape dut intervenir. Avec l’aide de Dieu, bien sûr, il jeta une malédiction sur la vallée où durant sept ans les femmes et les animaux furent stériles. Les Lavedanais durent alors accepter la sentence de l’intermédiaire du pape en la personne de l’évêque du Comminges. Ils furent tous condamnés à aller en pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle et à payer ad vitam aeternam une amende annuelle.
Précisions historiques : Il est vrai qu’en Lavedan on parle peu de cette affaire. Les archives de l’abbaye n’en détiennent aucune trace. On a surtout retenu les incursions incessantes des voleurs de bestiaux venant de l’Ouest. Ce qui est sûr, c’est qu’un tribut était bien versé régulièrement par l’abbaye et ses 31 communes, à la communauté accouloise depuis 1348. Le versement a été suspendu pendant les guerres de Religion, puis fut repris jusqu’en 1789. Mais considéré comme un privilège, il fut aboli lors de la nuit du 4 août. De toute façon, le montant versé était devenu si dérisoire, suite aux dévaluations successives, qu’il n’était plus versé que tous les trois ans.
Si Cyprien Despourrins, fils d’Accous, vint s’installer à Saint-Savin-Adast au château Miramont (1), après avoir épousé une Lavedanaise, il n’en oublia cependant pas cette histoire qui avait perturbé, durant des siècles, les relations des deux villages. En tant que subdélégué de l’intendant d’Étigny, il chercha toute sa vie à prouver que le texte de Centulle Ier attribuant, en 1080, les terres indivises aux moines de l’abbaye, était un faux. Il a fallu cependant attendre 1840, pour que celles-ci soient gérées par une commission syndicale.
(1) Actuelle propriété de Jacques Chancel.

 

Jean Omnès