L'église de Saint-Pé de Bigorre

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L'église de Saint-Pé de Bigorre


Saint-P_chevet_de_labbatialeLa création de l’abbaye de Saint-Pé (Pierre en français) de-Générés remonte à 1022, lorsque les moines de Saint-Sever-de-Rustan vinrent s’installer dans la région afin de se « positionner » sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Dès le XVIe siècle, une petite industrie s’installa dans la région. Il y avait l’énergie nécessaire grâce aux moulins, et des clients en nombre suffisant (pèlerins). Les habitants fabriquaient des peignes de buis, des chapelets, des coquilles Saint-Jacques, des objets en bois, du tissage en lin et chanvre et surtout des clous qui ont fait la réputation des Saint-Péens. Le minerai de fer venait de Ferrière et d’Asson ; il était échangé contre du charbon de bois dont Saint-Pé était devenu un gros producteur (forêt de Trescrouts). La plupart des croix de mission aux croisées des chemins du Lavedan proviennent des fours de Saint-Pé. On appelait d’ailleurs les Saint-Péens, les « claouétous » (les cloutiers). Cependant l’importance du nombre de Cagots installés dans la commune (ils possédaient une petite église) du fait du travail considérable qu’apportaient les constructions et rénovations des charpentes et des lambris de l’abbatiale et des différentes chapelles de la ville, facilita l’attribution d’un second sobriquet aux Saint-Péens, celui de « ahumats », propre aux Cagots. Ce sobriquet recouvrait aussi parfois les artisans charbonniers (charbon de bois). Ils étaient considérés comme les Cagots, comme parias de la société.

Saint-P_labbatialeLe village avec sa place à arcades, ses belles maisons bigourdanes et sa situation face au gave et aux massifs boisés ne manque pas d’atouts. La place à arcades a servi de décor au film Il suffit d’aimer de Robert Darène. Nombreuses maisons des XVIIe et XVIIIe siècles. Dans la Grand-rue, maison du XVIe siècle avec fenêtres à croisée de pierre. C’est à Saint-Pé que se déroulaient les jugements de Dieu (ordalies) ordonnés par le comte de Bigorre. C’est aussi à Saint-Pé que le célèbre Paihasson avait installé sa fabrique de chocolat, au bord du gave. Il la quitta pour un endroit moins soumis aux débordements du torrent, le moulin de la Tour à Lourdes. Le moulin de Saint-Pé a disparu, mais demeure la belle maison d’habitation, cachée par la verdure, près de l’ex-musée de la bière.


Petite histoire : L’importance de l’abbaye de Saint-Pé et la présence de la relique, appelée « clef de saint Pierre », avaient fait de la petite ville le centre de procédures judiciaires plutôt étranges appelées ordalies. Le justiciable devait prêter serment sur la dite relique, puis plonger un bras dans de l’eau bouillante versée dans un chaudron. Il devait en retirer la pierre qui se trouvait au fond. Son bras était ensuite bandé durant trois jours. Passé ce délai, s’il n’y avait aucune trace de brûlure, il était jugé innocent et relaxé.

 

Saint_Pierre_patron_de_Saint-PeL’église abbatiale romane du XIe siècle (1022) a été remaniée aux XIIe et XIIIe siècles.

Elle fut ravagée en 1569 par les Huguenots de Jeanne d’Albret, vicomtesse de Béarn et reine de Navarre, commandés par Montgomery, celui qui tua par accident de joute, Henri II (Voir la gravure relatant ce drame dans tous les manuels scolaires d’histoire). Puis, elle fut sévèrement touchée par le tremblement de terre de 1660, qui fit s’écrouler en 1664, le superbe dôme de 40 m de haut. Reconstruite en 1680 (sans le dôme), elle fut vendue à la Révolution comme bien national.

En 1822, Mgr Laurence, évêque de Tarbes, restaura les ruines de l’abbaye et fit ajouter un petit séminaire. Ce dernier fut transformé en 1966 en établissement scolaire mixte (fermé depuis 1999).

Expositions temporaires dans l’église.

Légende : la relique dite clef de Saint-Pierre aurait été réalisée avec les chaînes qui retenaient prisonnier le fondateur de l’Église catholique. Pendant longtemps elle servit pour les ordalies et comme protection contre la rage.

 

Jean Omnès