Mise à jour le Jeudi, 10 Février 2011 19:20 Jeudi, 10 Février 2011 18:48
Garde moniteur du Parc national des Pyrénées sur Cauterets, Philippe Llanès a constaté que les loutres colonisent des secteurs situés à 2000 m d’altitude, ce qui est une première en France, voire même en Europe.
Quel est votre rôle ?
Je suis chargé d’une mission de travail sur la loutre. Chercher les points de colonisation n’est pas facile car cet animal est très discret, même s’il n’a pas peur d’être proche de l’homme.
Qu’avez-vous constaté ?
Dès 1998, j’ai constaté le retour de la loutre entre Lourdes et Pierrefitte-Nestalas, le long du gave de Pau. En 2000, j’ai trouvé des preuves de reproduction. Ce n’est qu’en 2003 que j’ai pu relever des traces vers 900 m d’altitude : à Cauterets au Pont d’Espagne, au-dessus de Luz-Saint-Sauveur, en Val d’Azun sur le gave d’Arrens et à Gavarnie au pied de la Cascade, c’est-à-dire vers 1600 m. Et en 2010, fait très important, on a trouvé des épreintes * de cet animal sur le Marcadau, le lac de Gaube, vers 2000 m d’altitude. Nous avons constaté la même chose en Béarn en 2008, en vallée d’Ossau, jusqu’à Gabas ainsi qu’en vallée d’Aspe en amont d’Oloron.
* les épreintes sont les excréments des loutres
D’où vient l’animal ?
On a évoqué le fait que la loutre pouvait venir d’Espagne. En 2007, nous avons fait une recherche génétique sur une femelle découverte morte. Et nous avons pu ainsi déterminer que les gènes prouvaient que cet animal était originaire du Centre Espagne.
Quel est son mode de vie ?
C’est une espèce protégée. D’un poids de 6 à 12 kg, et d’une longueur avoisinant les 1m20, elle a une durée de vie de 6 à 8 ans. Il y a deux individus par portée avec une mortalité importante chez les jeunes. C’est un animal territorial. Une femelle occupe un territoire de 15 km linéaire de rivière, interdisant la présence de toute autre femelle. Elle tolère cependant les jeunes. Le mâle occupe 30 km linéaire de rivière, strictement interdit aux autres mâles. La loutre, animal nocturne, est active toute l’année, même pour la reproduction. Elle a une communication très élaborée. J’ai travaillé sur les épreintes * et j’ai constaté qu’elle les laissait toujours aux mêmes endroits, balisant ainsi, sous forme d’amas, son territoire. Elle a trois sortes de caches : les couches (dans un roncier), les gîtes où elle dort et un plus discret nommé « Catiche » avec accès sous l’eau pour faire ses petits. Elle a un régime alimentaire très opportuniste, se nourrissant de poissons, de grenouilles, environ 1 kg 500 par jour. Il faut savoir que si une loutre colonise un secteur, c’est qu’il y a au moins 300 kg de poissons par hectare... Ce qui est bon aussi pour les pêcheurs.
En conclusion ?
Le seul prédateur connu de la loutre, c’est le chien. Je n’ai jamais relevé d’épreintes là où il y en avait. L’animal avait presque totalement disparu en France à l’entre deux guerres, en raison d’un piégeage intensif. A cette époque une peau de loutre avoisinait un mois de salaire d’un ouvrier agricole. Si la loutre colonise à nouveau chez nous, c’est la preuve d’une qualité de l’eau exceptionnelle dans les Pyrénées.
Les photos sont de Philippe Llanès, garde moniteur du Parc national des Pyrénées
Philippe Champion
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